Il s'agit d' une automobile unique et presque inconnue : une Dauphine transformée par Jean LAUDAT, il y a près de quarante-cinq ans.
Retour en juin 1960.
Jean LAUDAT présente une voiture inédite et entièrement réalisée à la main dans son atelier de carrosserie.
Chaudronnier de formation, Jean LAUDAT a poursuivi son apprentissage à la SNIAS, où il acquiert une solide expérience dans le travail de l' aluminium, notamment la soudure.Cette précieuse spécialisation lui permet de travailler pour le concessionnaire Panhard de Bourges. Les célébres Dyna faisaient en effet largement appel à l'aluminium dans leur structure et leur mécanique.
Un beau jour de 1959, une Dauphine accidentée échoue dans son garage. La voiture n'est pas réparable, mais la base mécanique peut être récupérée, elle servira de plate-forme à une création de Jean LAUDAT.
Jean LAUDAT fait quelques dessins, mais c'est sur le tas que la carrosserie trouve sa forme et ses volumes, à l'aide de fils de fer dont on tirera les gabarits en bois.
Il aura fallu dix-huit mois de travail pour mener à bien la métamorphose de la Dauphine. C'est un coupé quatre places qui avoue certaines sources d' inspiration : l'avant plongeant, aiguisé comme une gueule de requin rappelle le faciès de la DS, une voiture qui impressionne Jean LAUDAT. L'arrière effilé fait aussi penser au chef d'oeuvre de Citroën. En revanche, sur les flancs, on retrouve des détails de style qui sont propres à Renault : la prise d'air devant le passage de roues arrières, joliment intégrée dans une moulure, ou encore le décrochement de l'aile arrière qui marque un épaulement comme sur la Floride. Toutes les pièces sont formées à la main. Seul le vitrage est emprunté à une voiture existante, on reconnait le pare-brise et la lunette arrière d'une Aronde Grand Large. Certains composants sont détournés, comme le pare-chocs avant réalisé à partir d'un élément de Floride retourné.
L'élégant coupé rouge ne reste pas inactif. Colette LAUDAT se charge de l'utiliser, de le montrer, en parcourant les rues de Bourges, en sillonant les départementales du Berri où la tenue de route fait merveille.
La voiture sans nom et sans marque est immatriculée "1 DE 18", la préfecture lui a accordé le droit de circuler sans passer aux Mines.
L'atelier de carrosserie de Jean LAUDAT acquiert une enviable notoriété, son savoir-faire est désormais reconnu. Mais le concessionnaire Renault, pas plus que son usine, ne manifeste le moindre intérêt pour cette création (comme le coupé R8 GHIA...).
Pendant ce temps, le coupé rouge est remisé, délaissé, oublié. Il est repeint en blanc avant de revêtir une vilaine livrée bicolore vert et beige. Le vieux prototype n'intéresse plus personne. Jean LAUDAT songe même à s' en débarrasser.
C'est sa fille aînée, Martine, qui décide de réhabiliter la malheureuse voiture. En 2000, elle entreprend de la faire restaurer, de lui donner son éclat d'antan, sa livrée rutilante et ses chromes. C'est dans ce lustre retrouvé qu'elle fera enfin son entrée au département Histoire et Collection de Renault. Une sorte de reconnaissance de la postérité !
Mécanique :
Le moteur est celui, modeste, d'une Dauphine. Il ne s'agissait pas de développer un grand tourisme survitaminé, mais de dessiner un agréable coupé.
Source : Gazoline.


